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Voici les 6 canards rescapés de 2019.

(Une pensée pour les 36.999.994 autres qui n’auront pas survécu.)




Hector, Gontran, d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis vivent au Sanctuaire La Garie, en Occitanie. Ce sont des canards mulards - une espèce extrêmement rare en France. Et pourtant, ils sont 37 millions à naître chaque année. Mais ne cherchez pas, vous ne les verrez ni dans les fermes ni dans les cieux. Si vous en trouvez, c’est vraiment exceptionnel, et ce sera dans des enclos bien cachés du public. Et ils auront tout au plus trois mois.


Au fait, les 36.999.994 congénères d’Hector, Gontran, d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, nés en 2019, vous les trouverez ici…




C’est qui, le canard mulard ?


Le canard mulard est un hybride, un croisé entre un canard mâle de Barbarie et une cane ordinaire. Ce croisement est choisi pour la particularité que les mâles ont le foie fragile et développent plus facilement la stéatose hépatique, une maladie du foie qui offre un bon rendement à la production de foie gras. Les femelles sont moins susceptibles à cette maladie, et donc on les tue à la naissance (et d'ailleurs, leur foie gras est moins joli - esthétiquement parlant - et donc moins porteur commercialement).

Par ailleurs, du fait de ce croisement, le canard mulard est stérile et muet, et il ne peut s’envoler.


Comment ça se passe, pendant leurs trois mois de vie ?


Suite à l’éclosion des œufs (chez des accouveurs, qui produisent quelques 200 millions d’œufs chaque année - et loin des parents, qu’ils ne connaîtront jamais), les canards mulards partent le même jour dans des centres d'élevage dits 'de pré-gavage'. Pendant deux mois environs, ils y vivent par centaines voire des milliers dans des petits enclos. Au fil des semaines, leur alimentation est graduellement augmentée pour faire gonfler leur foie.


Les canards n’ont aucune idée de quoi consiste une vraie vie, n’ayant pas de parents pour leur transmettre les codes. Pour eux, ce qu’ils vivent, c’est tout simplement la normalité. Une vie sans trop de mouvement, sans mare, sans herbe ou autre végétation...


Au bout de ces deux mois, les canards partent au gavage. S’ils ne savaient pas encore ce que c’est de vivre la vie de canard, là, ils apprennent immédiatement ce que c’est de vivre la souffrance. Onze à douze jours de torture, pendants lesquels on enfonce des tubes dans leur œsophage - deux fois par jour - pour les nourrir ce qui serait pour l’homme l’équivalent de 15 kilos de spaghettis. Au bout de cette souffrance, ils atteignent les critères qui régissent les 'Indications Géographiques Protégées' (un foie gras cru doit présenter un poids minimum de 350 g) - et ils sont tués et transformés.


La finalité se trouve dans nos assiettes.


Au Sanctuaire...


Hector et Gontran (nés en janvier 2019) et d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis (nés en août 2019) ont été sauvés et épargnés ce triste sort. Il sont bien partis pour vivre avec nous pendant 15 à 20 ans.


Soyons clairs. Il n’y rien de naturel dans la brève existence des canards mulards. S’il n’y avait pas de demande de la part des consommateurs, ces canards ne seraient jamais nés. Le sauvetage de nos six canards ne représente pas grand chose. Cela dit, leur histoire devient tout un symbole et, en vivant près d'eux nos découvrons toute la sensibilité et la personnalité des ces animaux condamnés d’avance. Ce sont des êtres attachants. Ce ne sont pas des produits.


Chez nous, au sanctuaire, les canards nous parlent et nous les écoutons. Ils étendent leurs ailes, ils adorent se baigner. Ils mangent les céréales qu'on leur sert, mais leur plus grand plaisir c'est de fouiner dans l'herbe et de plonger dans la mare à la recherche des délicatesses que leur offre la nature. Les beaux jours, ils profitent du soleil; les mauvais jours, ils profitent de la pluie. Malgré le fait qu’ils n'aient jamais appris les codes de leur vie de canard, ils laissent rapidement libre cours aux instincts transmis dans leur gènes depuis des millénaires. Ils développent une riche vie sociale lorsqu’on leur donne cette chance.


Faites donc un geste...


On vous dira que la filière du foie gras, ce sont 100000 emplois directs et indirects créés en France. C’est bien possible. Nous pensons que, si vous consommez autre chose que le foie gras, ce seront 100000 emplois créés ailleurs. Les entreprises du privé ont tendance à s’adapter assez bien aux modes de consommation changeants.


Exprimez votre sympathie avec Hector, Gontran, d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, et honorez la mémoire des 37 millions de vies de canard sacrifiées cette année pour satisfaire un petit plaisir gustatif. Si vous ne parvenez pas à cesser totalement la consommation de foie gras pendant les fêtes de fin d’année, essayez au moins de dire stop un seul jour. Ce geste simple évitera la naissance, la souffrance et la mort de quelques millions de canards l’année prochaine.


Au Sanctuaire La Garie, on va créer de l’espace pour pouvoir accueillir encore quelques canards mulard. Notre geste ne sauvera pas directement les autres mais nos quelques rescapés seront les rares témoins vivants d’une barbarie que nous espérons rapidement appartenir au passé.


Merci pour eux.